Zeugma, cité antique sur les bords de l'Euphrate et fondée en 300 avant JC, avait eu le droit à des fouilles d'urgence pour pouvoir sauver et découvrir tout ce qui pouvait l'être avant que celle-ci soit noyée par le barrage de Birecik inauguré par les autorités turques en 2000. Malgré les tentatives de sauvetages, malgré les protections mises en place, le site a été totalement détruit ou presque. Les magnifiques mosaïques, les peintures murales, et les objets qui ont pu être sauvés sont aujourd'hui visibles dans un musée et témoignent de la perte archéologique qu'il y a eu.

Or, voici que la menace des barrages recommence aujourd'hui. Outre la petite cité d'Hasankeyf sur les rives du Tigre qui est menacée de disparaître sous les eaux du barrage d'Ilisu, c'est maintenant le site romain d'Allianoï qui est ciblé à son tour par les autorités turques et le futur barrage de Yortanli destiné, lui, à l'irrigation de terres agricoles. Ce site thermal non loin de la Mer Egée date du 2e siècle et a d'ors-et-déjà été retiré des circuits touristiques malgré les protestations des associations qui tentent de sauver ce patrimoine archéologique. Des fouilles d'urgence, comme pour Zeugma, avaient été entreprises dès 1998 : c'est un large complexe thermal luxueux qui est alors peu à peu découvert, mais hélas, l'Etat turc coupe les budgets en 2006 et le directeur de fouille déplore alors le futur réservé à ce site avant d'être muté sur un autre site. Selon lui, seul 20% du complexe a été découvert, et nombreux objets, sculptures et mosaïques restent encore à découvrir. Puis le couperet tombe : le permis de fouille est retiré aux archéologues l'an dernier. Un documentaire passé sur Arte le 10 mai dernier relate l'histoire de ce site.

Depuis 2005, plusieurs commissions scientifiques se sont succédées, deux en faveur de la sauvegarde des vestiges considérés comme "de première catégorie" vu que ce site est l'un des centres thermaux le mieux conservé au monde - ce qui lui a valu souvent une comparaison avec Pompéï pour cette qualité de préservation. Mais une troisième commission a fini par rendre récemment un avis en faveur de la Direction des affaires hydrauliques, en contradiction avec les deux premiers rapports. Une campagne est menée à l'heure actuelle, localement et au niveau européen, mais la sauvegarde d'Allianoï semble plus que compromise...

La photo ci-contre est d'Hakan Aydogan et montre le bassin encore chauffé de nos jours par une source à 45°C.