Alexandréa

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Tag - Bassin méditerranéen

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lundi 12 mai 2008

Après Zeugma, Allianoï ?

Zeugma, cité antique sur les bords de l'Euphrate et fondée en 300 avant JC, avait eu le droit à des fouilles d'urgence pour pouvoir sauver et découvrir tout ce qui pouvait l'être avant que celle-ci soit noyée par le barrage de Birecik inauguré par les autorités turques en 2000. Malgré les tentatives de sauvetages, malgré les protections mises en place, le site a été totalement détruit ou presque. Les magnifiques mosaïques, les peintures murales, et les objets qui ont pu être sauvés sont aujourd'hui visibles dans un musée et témoignent de la perte archéologique qu'il y a eu.

Or, voici que la menace des barrages recommence aujourd'hui. Outre la petite cité d'Hasankeyf sur les rives du Tigre qui est menacée de disparaître sous les eaux du barrage d'Ilisu, c'est maintenant le site romain d'Allianoï qui est ciblé à son tour par les autorités turques et le futur barrage de Yortanli destiné, lui, à l'irrigation de terres agricoles. Ce site thermal non loin de la Mer Egée date du 2e siècle et a d'ors-et-déjà été retiré des circuits touristiques malgré les protestations des associations qui tentent de sauver ce patrimoine archéologique. Des fouilles d'urgence, comme pour Zeugma, avaient été entreprises dès 1998 : c'est un large complexe thermal luxueux qui est alors peu à peu découvert, mais hélas, l'Etat turc coupe les budgets en 2006 et le directeur de fouille déplore alors le futur réservé à ce site avant d'être muté sur un autre site. Selon lui, seul 20% du complexe a été découvert, et nombreux objets, sculptures et mosaïques restent encore à découvrir. Puis le couperet tombe : le permis de fouille est retiré aux archéologues l'an dernier. Un documentaire passé sur Arte le 10 mai dernier relate l'histoire de ce site.

Depuis 2005, plusieurs commissions scientifiques se sont succédées, deux en faveur de la sauvegarde des vestiges considérés comme "de première catégorie" vu que ce site est l'un des centres thermaux le mieux conservé au monde - ce qui lui a valu souvent une comparaison avec Pompéï pour cette qualité de préservation. Mais une troisième commission a fini par rendre récemment un avis en faveur de la Direction des affaires hydrauliques, en contradiction avec les deux premiers rapports. Une campagne est menée à l'heure actuelle, localement et au niveau européen, mais la sauvegarde d'Allianoï semble plus que compromise...

La photo ci-contre est d'Hakan Aydogan et montre le bassin encore chauffé de nos jours par une source à 45°C.

vendredi 16 novembre 2007

Les mystérieux Phéniciens

Pour ceux qui vivent à Paris, il y a en ce moment la possibilité d'aller s'enrichir culturellement en visitant l'exposition sur les Phéniciens qui vient de s'ouvrir en ce début de mois dans le magnifique Institut du Monde Arabe (elle sera ouverte jusqu'au 28 avril 2008). Cela me donne l'occasion de me repencher un peu sur ce peuple qui pourrait être le premier à avoir traversé l'Atlantique... Il est déjà étonnant d'apprendre que ce sont les phéniciens qui ont inventé les bases de l'alphabet alors qu'ils n'ont laissé que très peu de textes et aucun texte littéraire. Il ne subsiste non plus pratiquement aucun édifice, l'utilisation de leur sanctuaire appelé "tophet" reste également entouré de mystères, et pour finir, de nombreux écrits d'autres peuples du bassin méditerranéen les présentent comme des habiles commerçants et des excellents navigateurs, ce qui permet à certains chercheurs de défendre la thèse de la découverte de l'Amérique par ce peuple, voir même de l'établissement de routes commerciales.

Plusieurs éléments viennent étayer cette thèse : le tabac et la cocaïne trouvés chez certains peuples qui commerçaient avec les Phéniciens, comme en trouve, en 1992, Svetla Balabanova (toxicologue et médecin légiste) au Musée égyptien de Munich en examinant la momie de Henoubtaoui (une prêtresse de la XXIème dynastie, 1085-950 avant J.C). La célèbre égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt en trouve elle-même lors de la restauration de la momie de Ramsès II (dans son processus de momification, comme pour la momie précédente), soulignant le fait que le tabac n'était pas pourtant pas connu des égyptiens. La controversée carte de Piris Reis présente également les côtes de l'Amérique, avec les Andes et même la dessin d'un lama. Plutarque parle d'ailleurs d'un "grand continent" où se rendaient les carthaginois (Carthage étant une colonie phénicienne - les défenseurs de la thèse des routes commerciales vers l'Amérique expliquent d'ailleurs qu'elles ont disparu avec la destruction de la cité par Rome). Plein d'autres éléments pourraient être ajoutés à cela, mais il est plus facile d'établir des coïncidences dans un sens que l'on souhaite voir. Cependant, pour en lister quelques-unes, il y a la peinture d'un vase trouvé à Campeche (Mexique) où sont représentés des hommes avec trois couleurs de peau, la description du dieu Quetzacoatl (la peau blanche et le visage barbu), les statues de La Venta aux traits négroïdes, certains éléments de rites funéraires (les masques mortuaires en or typique des phéniciens, les petites statuettes de jade à la manière des shaouabtis égyptiens), et la grande énigme de la roue présente sur des jouets amérindiens à la manière des jouets phéniciens, mais dont le principe n'était pourtant pas développé de manière utilitaire. Enfin, il est connu et su que les phéniciens établissaient des comptoirs mais ne s'installaient pas pour autant dans les pays où ils avaient des échanges commerciaux, et en ajoutant à cela la possible destruction de telles traces par la conquête espagnole, la théorie de la découverte de l'Amérique par les phéniciens et le possible établissement de routes commerciales reste encore un sujet de controverse.

Pour conclure, l'exposition de l'Institut du Monde Arabe ne répond bien sûr pas à cette délicate et épineuse question, l'Histoire dans sa version officielle préférant conserver la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb (pas même par Erick le Rouge alors que c'est quelque chose d'avéré aujourd'hui avec le site viking de L'Anse-aux-Méduses sur l'île de Terre-Neuve, classé au patrimoine mondial par l'UNESCO).