En pleine lecture du passionnant L'Empreinte des Dieux écrit par Graham Hancock, j'ai eu envie de me pencher un peu plus sur un des vestiges dont il parle dans son périple et ses recherches. Située en Bolivie près du Lac Titicaca (dont on connaît l'image touristique des tranquilles barques de jonc, jumelles des barques de papyrus de l'antiquité égyptienne), les ruines de la civilisation de Tiahuanaco (ou Tiwanaku en aymara) montrent des vestiges imposants qui amènent de nombreuses questions.

Suivant la trace du concept troublant du dieu blanc et barbu qui se retrouve de l'Amérique du Sud au Mexique, Graham Hancock passe par le Lac Titicaca et par les ruines mégalithiques de Tiahuanaco où un temple a été consacré au dieu blond aux yeux bleus Viracocha.
Si la chronologie officielle a vite enterré la question de son âge en lui accordant comme date d'édification la plus ancienne 100 ans av. J-C, l'auteur et d'autres que lui sont persuadés que la cité est bien plus ancienne. La première raison vient des témoignages des premiers espagnols arrivés sur place. Ne découvrant que des ruines, ils apprirent des indiens vivants dans les environs que tout avait été érigé bien avant les Incas, et l'historien Garcilaso de la Vega dans son Commentaires royaux sur le Pérou des Incas souligne même le caractère très anciens des pierres, vestiges de bâtiments et statues. Le chroniqueur Pedro Cieza de Leon, lui, fût ébahi devant ses colossales proportions et considéra "cette antiquité comme la plus ancienne que j'ai vue au Pérou".
L'autre raison avancée, et la plus importante, est qu'autrefois la cité aurait été un vaste port comme le laissent à penser ce qui ressemble à d'immenses quais. Or, le lac se trouve entre 18 et 25 km de distance et surtout à 30 mètres en dessous du niveau de ces fameux quais. Or malgré ses 8200 km2 actuels, le Lac Titicaca n'est que le vestige d'une bien plus vaste lagune qui formait une mer intérieure sur l'altiplano. Pour preuve, on peut observer l'ancienne rive nord du lac qui est visible à 88 mètres plus haut que son niveau actuel, et 60 kilomètres plus au sud, la même rive se situe, elle, 82 mètres plus bas. En tenant compte de la position du port et de l'évolution des rivages du lac, cela signifierait donc que Tiahuanaco aurait été érigée en 15 000 av. J-C, ce qui est bien sûr fortement controversé.
Deux autres éléments pourraient attester cette théorie : la fort peu acceptée archéo-astronomie (une discipline que je trouve pourtant très intéressante) qui permit à Arthur Posnansky d'avancer la date de 15 000 av. J-C en tenant compte des alignements planétaires et solaires des temples, et la découverte de dessins et gravures d'animaux dont les espèces auraient disparues à la fin du pléistocène, soit vers 12 000 ans av. J-C.
L'autre mystère de ce lieu archéologique est l'aspect mégalithique de ses monuments. Comme je le soulignais plus haut, les chroniqueurs espagnols eux-mêmes furent frappés par le gigantisme de certaines pierres. L'examen pétrographique des matériaux ont permis de retrouver des carrières correspondantes à 100 et même 300 kilomètres de là. Certains monolithes pesant plusieurs tonnes furent donc transportés à travers des terrains généralement accidentés, sans bêtes de traits et par des peuples ne connaissant officiellement pas la roue, ou même le fer pour tailler les blocs. Des témoignages indiens recueillis par les espagnols laissent entendre que la cité serait apparue en une nuit, ou encore que les grandes pierres furent transportées dans les airs au son d'une trompette. Nous rejoignons là le véritable mystère archéologique constitué par toutes les traces de civilisations mégalithiques un peu partout sur la planète, un mystère auquel plusieurs auteurs (dont Dominique Jongbloed dont j'ai déjà parlé sur Etincelles) ont consacré études, recherches et ouvrages. Il ne faut d'ailleurs pas oublier de souligner les curiosités du site de Tiahuanaco que sont la pyramide à sept degrés d'Akapana qui présente un étonnant système de canalisations dont le but n'a pas été encore trouvé de nos jours, l'imposante et célèbre Porte du Soleil du temple de Kalasasaya et ses glyphes, et enfin les statues monolithiques que certains comparent aux Moais de l'Île de Pâques.
Le dernier élément à noter concernant ces vestiges est le fait qu'ils donnent l'impression d'avoir été inachevés, comme si un cataclysme avait mis fin aux travaux d'édification. Arthur Posnansky, qui a étudié le site pendant près de cinquante ans, explique que de nombreuses traces (blocs balayés et éparpillés, flore lacustre contenant des fragments de squelettes animaux et humains mêlés de débris d'outils et d'ustensiles) prouvent qu'il y aurait eu tremblements de terre et inondations au onzième siècle av. J-C - ce que des géologues confirment. Il semblerait même (mais je cherche une trace réelle de l'article en question) qu'un numéro de la revue Nature datant de 1971 précise que la dernière inversion géomagnétique aurait eu lieu il y a 12 400 ans, ce qui expliquerait les dégâts causés dans l'altiplano. Et bien sûr, une telle date accrédite au passage la thèse concernant l'âge réel de Tiahuanaco : il s'agirait donc bel et bien de la plus vieille ville de l'Histoire ?
La photographie ci-contre est de Tomonline.